Rapide ou l’art de bousculer les habitudes d’Aston Martin : cette berline quatre portes à V12, lancée en 2010, a tenté d’ouvrir un créneau aussi logique sur le papier que délicat en pratique. Nous revenons sur sa gestation atypique, ses choix techniques, son duel interne…
Rapide ou l’art de bousculer les habitudes d’Aston Martin : cette berline quatre portes à V12, lancée en 2010, a tenté d’ouvrir un créneau aussi logique sur le papier que délicat en pratique. Nous revenons sur sa gestation atypique, ses choix techniques, son duel interne avec la DB9, puis la tentative de relance Rapide S en 2013, avant d’évaluer ce que valent aujourd’hui les exemplaires en circulation.
La genèse : du concept Jet de 2006 à la production en Autriche
À l’automne 2006, le concept Jet 2 présenté au salon de Francfort donnait son avant-goût d’une Aston à quatre portes inspirée des GT maison. L’idée était claire : étirer l’ADN élégant de la marque sur un format plus habitable, sans renier l’allure d’un coupé. Selon Wikipedia, ce concept sert d’embrayage à un développement plus long que prévu, prélude à la série à partir de 2010.
Pour l’industrialisation, la marque confie l’assemblage à Magna Steyr, à Graz. C’est une première dans l’ère Gaydon : quand les autres Aston sortent d’Angleterre, la Rapide prend la route de l’Autriche. Ce choix, documenté par Wikipedia, répond à des contraintes de capacité et de flexibilité, tout en assumant une fabrication en petite série.
Le calendrier se met en place entre 2010 et 2015, avec une mise à jour majeure en 2013. En filigrane, l’équation est exigeante : préserver la silhouette d’un coupé, offrir deux vraies places arrière, et maintenir ce vernis d’understatement si cher à la marque.
Quatre portes, 470 ch, 295 km/h : la fiche technique qui ne laissait pas indifférent
Sur le plan mécanique, la Rapide revendique un V12 6,0 litres atmosphérique de 470 ch au lancement. La vitesse de pointe annoncée tutoie les 295 km/h, tandis que la longueur atteint 5 019 mm, faisant d’elle la plus longue Aston de série de son époque, d’après Wikipedia. Le message est limpide : c’est bien une GT, mais avec deux portes de plus et un capot digne des grandes traditions maison.
L’architecture reste fidèle au grand tourisme britannique, avec une répartition des masses et une présentation intérieure taillée pour les voyages à très vive allure. Deux places arrière exploitables, des ouvrants gracieux et une ligne qui demeure celle d’un coupé… Sur le papier, la Rapide coche les cases qui séduisent les familles pressées et esthètes.
Dans la pratique, la proposition s’adresse à un public étroit. Le gabarit de plus de cinq mètres, la garde au toit arrière mesurée et l’approche résolument GT la placent à mi-chemin entre la berline de direction et le coupé quatre places. Une zone grise que la clientèle a parfois eu du mal à décrypter.

Pourquoi les acheteurs ont préféré la DB9 : comparaison de positionnement
Face à la DB9, référence du coupé grand tourisme d’Aston, la Rapide devait justifier ses deux portes supplémentaires sans diluer l’émotion. Or la DB9 concentrait déjà l’essentiel de l’expérience recherchée : un V12 noble, une ligne puriste, et une image cristallisée par une décennie de succès. La majorité des acheteurs a jugé que les deux places arrière occasionnelles d’un coupé suffisaient, préférant l’icône à la nouveauté.
Le différentiel de longueur et de masse, ainsi que le message plus utilitaire – même feutré – de la berline ont pu peser dans la balance. En usage réel, le surcroît de polyvalence n’effaçait pas l’attrait émotionnel de la DB9. En creux, la Rapide a mis en lumière un biais maison : chez Aston, l’irrationnel du coupé prime souvent sur la rationalité d’une GT à quatre portes.
Sur le marché de l’époque, l’offre concurrente n’était pas parfaitement superposable, ce qui compliquait encore la lecture du positionnement. La Rapide s’adressait à des esthètes exigeants, prêts à accepter des compromis d’habitabilité en échange d’une silhouette préservée. Beaucoup ont préféré rester du côté DB9, comme en témoigne la notoriété durable du modèle, à retrouver dans notre profil de la DB9.
La Rapide S de 2013 : une correction de trajectoire qui n’a pas changé le verdict des ventes
En 2013, la Rapide S apporte un surcroît substantiel de puissance, annoncé à 558 ch (source Wikipedia). Le lifting vise à affirmer le caractère et à densifier l’offre, sans renier l’élégance. La promesse : davantage de répondant et une présence visuelle plus assurée, tout en conservant la philosophie GT.
Pour autant, l’essentiel n’évolue pas : gabarit, architecture et proposition d’usage restent proches. La clientèle déjà séduite par la Rapide y a vu une mise à jour bienvenue. Les hésitants, eux, sont restés fidèles au coupé maison. Le repositionnement, réel sur le plan technique, n’a pas infléchi sensiblement la trajectoire commerciale.
Au total, Wikipedia évoque environ 1 500 exemplaires produits entre 2010 et 2015, chiffre non confirmé officiellement par Aston Martin dans les sources consultées. Une diffusion confidentielle, révélatrice d’un créneau aussi singulier qu’étroit pour ce modèle.

Cotes et marché actuel : ce que valent les 1 500 exemplaires environ
Avec une production estimée à environ 1 500 unités sur l’ensemble du cycle, la Rapide occupe aujourd’hui une niche convoitée par les amateurs d’Aston à contre-courant. Sa rareté relative et son V12 atmosphérique plaident pour elle, tandis que son positionnement tiède à l’époque devient un charme discret sur le marché secondaire.
Les exemplaires bien entretenus, avec historique limpide et configuration sobre, concentrent l’intérêt. La Rapide S, plus puissante, attire ceux qui recherchent une lecture plus affirmée du concept. À l’heure de la normalisation des mécaniques suralimentées, le caractère linéaire du V12 atmo ajoute une valeur d’usage et d’image.
Pour replacer ce modèle dans la gamme et suivre l’actualité récente de la marque, vous pouvez consulter notre fiche détaillée de la Rapide et notre décryptage de la Vantage 2025 et de la DB12. L’histoire retiendra une tentative audacieuse, devenue aujourd’hui un trait d’esprit dans une collection bien tenue.
Conclusion : que nous apprend la Rapide sur la stratégie Aston Martin ?
La Rapide rappelle qu’un blason de GT ne se transpose pas mécaniquement en berline, même ultra-luxe. Sa genèse marquée par le concept Jet 2, sa production externalisée à Graz chez Magna Steyr, puis l’évolution Rapide S illustrent une ambition cohérente, mais un marché plus étroit que prévu.
Techniquement aboutie, élégante et fidèle à l’esthétique maison, elle a pourtant cédé face à l’aimant émotionnel de la DB9. En ce sens, la Rapide sert de repère utile pour comprendre les limites d’un format quatre portes au sein d’une marque dont l’âme reste celle du coupé.
Pour approfondir, voir la page dédiée sur Wikipedia, synthèse de référence sur la Rapide, et la rubrique Past Models Rapide sur le site d’Aston Martin. Pour un contrepoint d’essais routiers, l’analyse de Car and Driver replace ce modèle dans son contexte d’époque.
En définitive, la Rapide aura gagné sa place dans l’album de famille, non par les volumes, mais par la leçon stratégique qu’elle dispense.


