Culture

Aston Martin DBS V12 Ultimate 2012 : partir sans faire tomber l’argenterie

16 juin 2026 La Rédaction AstonLegacy 8 min de lecture

Il y a deux façons de quitter une pièce. On peut claquer la porte, renverser un vase et annoncer que tout le monde regrettera votre absence. Ou l’on peut refermer doucement derrière soi, en laissant sur la table une clé, une plaque numérotée et l’impression désagréable que la soirée vient de perdre son invité le mieux habillé.


L’Aston Martin DBS V12 Ultimate appartient sans aucun doute à la seconde catégorie.

Annoncée en mai 2012, construite sur les deux derniers mois de production, en juin et juillet 2012, la DBS Ultimate est l’édition d’adieu de la DBS génération 2007-2012. Cent exemplaires au total, coupés et Volante confondus. Cent dernières voitures pour refermer une histoire commencée avec une grande GT dérivée de la DB9, héritière spirituelle de la Vanquish S, et remplacée en 2012 par la nouvelle Vanquish. Chez Aston Martin, on appelle cela une fin de carrière. Dans le monde réel, on appelle cela un dernier verre de whisky dans un salon tendu de cuir.

Le chant du cygne — mais avec un V12

La DBS Ultimate n’est pas une série limitée conçue pour transformer la voiture en missile balistique sous stéroïdes. Aucun ingénieur n’a été enfermé dans un hangar avec une clé de 12 et l’ordre de trouver vingt chevaux supplémentaires avant le thé. L’Ultimate est une édition purement cosmétique. Mécaniquement, elle reste une DBS standard. Ce qui, soyons honnêtes, est exactement comme dire que le Buckingham Palace est une maison correcte avec un peu de potentiel.

Sous le long capot, on retrouve donc le V12 atmosphérique 5,9 litres, 5 935 cm³ pour les gens qui rangent leurs chaussettes par densité de coton, parfois arrondi à 6,0 litres selon les sources. Un moteur AM08 à 48 soupapes, sans turbo, sans artifice soufflé, sans cette impression moderne qu’un ordinateur vous sert la puissance avec une pince à cornichons. Ici, l’air entre, l’essence brûle, le V12 chante, et le monde devient immédiatement plus supportable.

La puissance est de 517 ch PS, ou 510 bhp, à 6 500 tr/min. Le couple atteint 570 Nm, soit 420 lb-ft, à 5 750 tr/min. Le 0 à 100 km/h du coupé tourne autour de 4,3 secondes, et la vitesse maximale est d’environ 307 km/h, soit 191 mph, en boîte manuelle. Ce ne sont pas des chiffres hurlés par un service marketing sous perfusion de caféine ; ce sont les données d’une grande Aston de l’ancienne école, quand l’élégance britannique pouvait encore faire 307 km/h avec une ligne de smoking.

L’un des derniers grands V12 atmosphériques

L’émotion de l’Ultimate tient surtout à cela : elle arrive au crépuscule du grand V12 atmosphérique au sommet de la gamme Aston Martin. Attention, pas de panique, pas de proclamation gravée dans le marbre par un commentateur trop excité : la Vanquish qui lui succède conserve encore un V12 atmosphérique un temps. Mais la DBS Ultimate appartient clairement à cette fin d’époque, avant que la DB11 n’installe, en 2016, le V12 5,2 litres twin-turbo dans le paysage Aston.

C’est donc moins “la toute dernière” que l’un des derniers grands saluts. Et c’est peut-être plus beau ainsi. Les fins trop nettes sentent l’administration. Celle-ci a le parfum d’un moteur qui prend ses tours librement, d’un long capot en tension, d’un habitacle capitonné et d’une noblesse mécanique que personne n’a eu besoin de compresser pour la rendre intéressante.

Ne pas la confondre, au passage, avec la DBS Carbon Edition, autre série de fin de carrière. L’Ultimate a son propre rôle : fermer le livre, non pas en ajoutant un chapitre technique, mais en soulignant la dernière page à l’encre noire.
DBS v12 Ultimate Edition - Engine Bay

Les signes extérieurs d’un adieu réussi

L’Ultimate se reconnaît à une série de détails qui, pris séparément, pourraient sembler raisonnables. Ensemble, ils transforment la DBS en déclaration d’intention. Trois teintes étaient proposées : Quantum Silver, Silver Fox et Carbon Black II. Trois manières de dire “discrétion” avec le volume sonore visuel d’un majordome qui pousse une porte de cathédrale.

La calandre est noire. Le diffuseur arrière est en carbone. Les feux arrière sont fumés. Le contour de plaque est contrastant. Les étriers de frein pouvaient être choisis en trois couleurs. Voilà typiquement le genre de détails qu’Aston Martin sait vendre comme si chaque option avait été polie par un artisan dans un village du Warwickshire pendant que son chien s’appelait Bentley. Mais, sur la DBS, cela fonctionne. Tout fonctionne. La voiture n’a pas l’air déguisée ; elle a l’air d’avoir choisi sa tenue de soirée.

À l’intérieur, le traitement est tout aussi théâtral, mais avec cette retenue qui empêche l’ensemble de basculer dans le salon de yacht russe. On trouve le cuir matelassé en losange, le ciel de toit en Alcantara, la façade en carbone, les badges “DBS Ultimate” et la plaque numérotée. Le genre d’habitacle qui vous donne envie de parler plus bas, même seul, même à l’arrêt, même si vous venez simplement de faire tomber vos lunettes entre le siège et la console.

Cent exemplaires, et une calculette qui tousse

Le total est clair : 100 exemplaires. La répartition exacte, elle, est moins officielle. Les registres d’enthousiastes évoquent environ 59 coupés et 41 Volante. Il faut donc le dire comme cela : une estimation, pas un chiffre constructeur. Personne chez Aston ne semble avoir gravé la division coupé/Volante sur une plaque en argent, ce qui est dommage, mais parfaitement dans le charme de l’affaire.

La quasi-totalité des voitures aurait reçu la boîte Touchtronic 2 automatique. Les manuelles sont extrêmement rares. Selon les sources, il existerait un seul coupé manuel, aux États-Unis, présenté comme le dernier DBS manuel construit, et deux Volante manuelles américaines. Dans le monde des collectionneurs, ce genre de détail agit comme jeter une côte de bœuf dans une cage de lévriers.

Le coupé affiche environ 1 695 kg, la Volante environ 1 810 kg. Oui, ce n’est pas léger. Une DBS n’est pas une barquette de piste en fibre de prières. C’est une grande GT à moteur V12, faite pour traverser les pays en donnant l’impression que les péages devraient s’ouvrir par respect constitutionnel.

Prix neuf : l’addition de la révérence

Au Royaume-Uni, le prix catalogue de la DBS Ultimate se situait juste sous les 187 000 livres. Le pack Ultimate ajoutait environ 10 000 livres au prix d’une DBS ordinaire. Dit autrement, Aston proposait de payer le supplément d’une belle petite voiture pour obtenir les derniers ornements d’une grande voiture. C’est absurde, bien sûr. Mais c’est une absurdité merveilleuse, comme acheter des boutons de manchette pour une armure.

Aucun prix américain fiable spécifique à l’Ultimate ne permet d’avancer un chiffre proprement. Et puisqu’une belle histoire ne justifie pas une mauvaise donnée, on s’arrêtera là.

Cote actuelle : rareté, prudence et V12 en smoking

La cote actuelle doit être abordée avec prudence, car la plupart des données disponibles concernent le DBS V12 en général, et non l’Ultimate spécifiquement. En 2024, des DBS standard se sont vendues aux enchères autour de 60 200 livres pour une conduite à droite de 23 000 miles en août, et autour de 95 000 dollars pour une conduite à gauche en octobre.

Des données de valorisation en ligne datées 2026 indiquent environ 84 700 livres en état moyen, avec un record public annoncé à 241 250 livres. Pour un exemple Ultimate, un coupé suisse affichant environ 205 km, mais à remettre en route, a été vendu 97 750 livres chez Bonhams. Là encore, l’état, la configuration, le marché, la boîte et l’historique pèsent lourd. Une Ultimate manuelle, si elle surgit, ne joue évidemment pas dans la même cour qu’une DBS Touchtronic plus courante.

La tendance, en 2026, semble être à une hausse lente, portée par plusieurs ressorts : la connexion James Bond, le statut de fleuron Aston Martin, la rareté de l’Ultimate, et l’intérêt croissant pour les grands V12 atmosphériques. Rien d’hystérique, rien qui oblige à vendre un comté écossais avant vendredi, mais une appréciation progressive. Le genre de montée qui ne fait pas de bruit, justement parce qu’elle a de la classe.
DBS v12 Ultimate Edition - Side view

Pourquoi elle compte

La DBS V12 Ultimate n’est pas importante parce qu’elle serait plus puissante, plus rapide ou plus radicale que la DBS standard. Elle est importante parce qu’elle a compris son rôle. Elle ne cherche pas à corriger la DBS. Elle la célèbre. Elle prend une grande GT déjà dramatique, déjà belle, déjà sonore, et lui ajoute la ponctuation finale.

C’est une voiture d’adieu. Pas un feu d’artifice de foire, mais une dernière note tenue par un orchestre qui sait exactement quand s’arrêter. Elle marque la fin d’une génération, le dernier souffle d’une lignée avant la nouvelle Vanquish, et l’un des derniers moments où le sommet d’Aston Martin parlait encore avec un V12 atmosphérique sans turbo pour lui tenir le micro.

En cela, la DBS Ultimate est peut-être l’une des Aston les plus faciles à aimer. Elle n’a pas besoin d’être expliquée pendant trois heures par un homme en veste matelassée. Elle dit simplement : voilà ce que nous savions faire. Une silhouette, un moteur, une cabine, cent exemplaires, et ce sentiment très particulier que la voiture n’a pas été assemblée pour remplir une case dans une gamme, mais pour refermer une époque avec panache.
DBS V12 Ultimate Edition

Sources

astonmartins.com — fiche DBS Ultimate

aston1936.com — registres de production Volante

Bonhams Cars — lot coupé Ultimate suisse

en.wikipedia.org/wiki/Aston_Martin_DBS_V12 — fiche technique

classic.com et theclassicvaluer.com — données de marché

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