Henrik Fisker a dirigé le design d’Aston Martin entre 2001 et 2004 : DB9, V8 Vantage et DB7 Zagato. Récit d’une empreinte décisive et discrète
Henrik Fisker arrive chez Aston Martin au début des années 2000 avec un mandat clair : remettre de l’ordre et de la cohérence dans une esthétique déjà relancée par la DB7, mais encore contrainte par l’héritage Ford. Entre 2001 et 2004, le designer danois supervise une bascule silencieuse mais capitale, du dernier âge de la carrosserie acier vers l’architecture aluminium moderne. Trois modèles cristallisent ce passage : la DB9, la V8 Vantage et la DB7 Zagato. Voici comment, sans bruit ni fanfare, il a posé les jalons visuels de la décennie suivante.
Arrivée de Fisker en 2001 : le contexte de la renaissance esthétique post-DB7
Quand il prend la tête du design en 2001, Henrik Fisker s’inscrit dans le sillage d’une DB7 redessinée par Ian Callum, qui avait intelligemment capitalisé sur des éléments Ford pour contenir les coûts, selon les sources encyclopédiques consacrées à la DB7. L’allure est juste, le charme indéniable, mais la base technique reste datée et l’industrialisation, contrainte. Le défi de Fisker : conserver l’ADN visuel tout en préparant la transition technologique.
Le contexte industriel change alors de braquet. La marque prépare une nouvelle ère, autant stylistique que structurelle. Le rôle du directeur du design n’est pas seulement de dessiner de belles lignes : il doit orchestrer la cohérence de gamme à l’heure où s’annonce une plateforme aluminium modulaire. C’est cette tension entre héritage et modernité que le designer danois va traduire en surfaces nettes et volumes plus athlétiques.
Pour qui connaît surtout le fondateur de Fisker Automotive, ce passage à Gaydon est souvent sous-estimé. Pourtant, il fixe un langage de marque durable, comme le rappelle le portrait de Henrik Fisker, et ouvre une trajectoire technique dont la DB9 sera la première matérialisation en série.
DB9 2003 : le grand tourisme qui rompt avec la carrosserie acier du DB7
Présentée en 2003, la DB9 inaugure chez Aston Martin la plateforme VH en aluminium. Développée sous la direction design de Henrik Fisker, elle rompt avec l’architecture acier associée au cycle DB7. Le résultat est un coupé de grand tourisme plus tendu, aux porte-à-faux contenus et aux proportions raffinées, capable d’absorber l’ADN maison tout en gagnant en modernité structurelle.
Cette bascule technique se lit dans le dessin : un capot plus sculpté, une ceinture de caisse maîtrisée et des volumes qui jouent la continuité plutôt que la rupture ostentatoire. La précision des lignes sert la plate-forme, et inversement. En clair, la forme suit la fonction… sans renier le flegme britannique. Pour mesurer l’ampleur du virage, la fiche officielle de la DB9 et le dossier médias DB9 posent le cadre industriel et esthétique de cette première VH.
La DB9 a depuis gagné un statut de pivot. Elle ne cherche pas l’effet de manche : elle installe un alphabet visuel durable, repris et affûté au fil des années. Notre dossier détaillé sur le modèle revient sur les caractéristiques et les évolutions de carrière : tout savoir sur la DB9 et ses variantes.

V8 Vantage 2005 : le roadster qui ouvre Aston Martin à un public plus jeune
Dessiné sous la houlette de Henrik Fisker et dévoilé en 2005, le V8 Vantage devient, selon Aston Martin, le modèle le plus vendu de l’histoire de la marque. Ce succès commercial n’est pas un hasard : gabarit plus compact, positionnement plus accessible, silhouette athlétique et sans lourdeur. Le dessin condense l’esprit maison dans un format ramassé, avec des lignes vives et une assise solide.
Esthétiquement, la voiture assume des surfaces plus musclées, une poupe ramassée et un regard incisif qui parlent à une clientèle plus jeune sans trahir la lignée. Le tout s’inscrit dans le langage mis en place avec la DB9, preuve qu’une direction design forte et cohérente peut irriguer plusieurs segments sans se répéter.
Pour replacer ce best-seller dans la gamme et suivre ses évolutions, notre guide dédié revient sur ses spécificités, du design aux séries spéciales : la V8 Vantage de 2005, repères et héritage. Aston Martin rappelle d’ailleurs ce statut record dans sa rétrospective “113 Years in the Making”.
DB7 Zagato : superviser une collaboration avec Zagato comme premier acte
Le DB7 Zagato est, en quelque sorte, le prologue du cycle Fisker chez Aston Martin. À l’époque du projet, il est directeur du design et supervise la révision par l’équipe interne des esquisses préliminaires signées Nori Harada chez Zagato, d’après le dossier officiel de la maison. La collaboration avec Andrea Zagato remet en lumière la relation historique entre les deux blasons, avec une interprétation plus ramassée et musclée de la DB7.
La carrosserie, mêlant acier et aluminium battu à la main, témoigne d’un exercice artisanal rare à une époque où l’industrialisation s’intensifie. Cette édition limitée sert de laboratoire : elle réaffirme le goût d’Aston Martin pour les collaborations de caractère, tout en consolidant la discipline de ligne qu’Henrik Fisker souhaite imposer à la gamme régulière.
Ce premier acte n’est pas un simple clin d’œil patrimonial : c’est un révélateur. On y lit, à ciel ouvert, la tension entre tradition artisanale et exigence de cohérence industrielle, que le directeur du design s’attachera à résoudre sur les modèles de série suivants.

De Gaydon à Fisker Automotive : ce que ce passage chez Aston Martin a construit
Henrik Fisker quitte Aston Martin en 2004 pour co-fonder Fisker Coachbuild, puis Fisker Automotive en 2007. Entre ces deux jalons, il emporte un bagage précieux : la pratique d’une gamme cohérente, la maîtrise des transitions technologiques (acier vers aluminium) et le calibrage d’un design désirable mais mesuré. Trois atouts qui marqueront sa trajectoire d’entrepreneur et de créateur.
Ce passage à Gaydon aura surtout clarifié une idée-forces : un design fort n’est pas forcément ostentatoire. Il peut être une grammaire de lignes et de proportions, suffisamment stable pour traverser les cycles produits. La DB9 a posé cette grammaire, la V8 Vantage l’a démocratisée, et la DB7 Zagato a rappelé, avec élégance, les racines italiennes d’une certaine audace.
Enfin, replacer ce chapitre dans l’histoire récente d’Aston Martin, c’est comprendre ce que ses successeurs ont hérité. La continuité du design de la marque doit beaucoup à ces années charnières, avant le relais pris plus tard par d’autres directeurs du style. À ce sujet, notre portrait revient sur les choix esthétiques qui ont suivi cette période : Marek Reichman, continuité et inflexions du design Aston Martin.
Conclusion : Henrik Fisker, l’empreinte discrète qui a redessiné le cap
En trois repères clairs — DB7 Zagato, DB9 et V8 Vantage —, Henrik Fisker aura orchestré la transition de l’acier vers l’aluminium et installé une cohérence visuelle que la marque prolongera durablement. Ni fracas ni effets faciles, mais une main sûre et un œil pour les proportions justes. Pour recontextualiser ce rôle dans sa carrière, on pourra relire le portrait de Henrik Fisker et rapprocher les lignes de la DB9 de ce que Gaydon bâtissait alors. Une page décisive, écrite à l’encre sobre, comme il se doit.


