Valiant 2024, né d’une commande de Fernando Alonso et limité à 38 unités allouées, détaille quatre choix techniques inédits par rapport au Valour.
Valiant ou comment une envie très personnelle de Fernando Alonso a glissé, en bonne et due forme, vers une série limitée manufacturée par Q by Aston Martin. Présenté au Goodwood Festival of Speed 2024, ce dérivé radical du Valour met en scène un V12 affûté, un châssis peaufiné et quelques choix techniques que la « base » ne proposait pas. Retour, sans emphase mais avec précision, sur sa genèse et ses quatre écarts mesurables.
La commande d’Alonso : comment une requête personnelle est devenue un programme officiel
Le point de départ est limpide : selon Aston Martin, le Valiant est issu d’une commande personnelle de Fernando Alonso, pilote Aston Martin Aramco F1. L’idée première tenait de l’atelier : façonner un coupé analogique, motorisé par un V12, avec boîte manuelle, pour un usage routier à haute intensité. Q by Aston Martin, l’entité en charge des séries spéciales, a pris le relais pour transformer ce « one-off » souhaité par un double champion du monde en programme validé.
Le contexte public a suivi rapidement. Toujours d’après Aston Martin (news du 26 juin 2024), la révélation a été orchestrée à Goodwood 2024, cadre idéal pour mettre en lumière l’approche mécanique assumée du projet. Le lien avec le Valour, déjà célébré pour sa boîte manuelle, est revendiqué ; l’ambition du Valiant consiste à aller plus loin sur quelques points clefs.
Ce passage de la demande privée au programme officiel illustre le rôle de Q by Aston Martin : canaliser un brief pilote en une série aboutie, avec les validations d’ingénierie et de production idoines. La ligne est claire : pas de rupture de philosophie, mais un cran supplémentaire en performance et en mise au point.
38 exemplaires, tous alloués avant l’annonce : la logique commerciale d’une série privée
La production est strictement limitée à 38 exemplaires, et tous ont été alloués dès l’annonce, d’après la pressroom Aston Martin. Cette répartition en amont n’a rien d’anecdotique : elle confirme que le Valiant relève de ces « séries privées » où la demande précède l’offre publique, sécurisant la viabilité du projet tout en préservant son exclusivité.
Côté tarif, la publication HiConsumption (juin 2024) évoque un prix aux environs de £2 millions (environ 2,5 millions de dollars). Il ne s’agit pas d’un prix officiel Aston Martin, mais d’une indication de marché cohérente avec le positionnement, compte tenu du volume, de l’ingénierie spécifique et du passage par Q by Aston Martin.
Dans la gamme des séries limitées récentes, l’approche rappelle celle du Valour, tout en s’en démarquant par la profondeur des modifications. Pour replacer ce chapitre dans la culture maison, on pourra parcourir notre analyse des 110 exemplaires du Valour et de sa boîte manuelle, ou, pour l’ADN pistard de la marque, la rétrospective sur la Vulcan, hypercar de piste produite à 24 unités.

745 PS, cadre Multimatic et freins carbone-céramique : les chiffres et leur signification
Le Valiant conserve le V12 biturbo de 5,2 litres selon la dénomination officielle Aston Martin, porté à 745 PS et 753 Nm (source : pressroom Aston Martin). HiConsumption mentionne 5,3 litres, divergence à noter ; la fiche technique communiquée par la marque demeure la référence. Le choix de maintenir la boîte manuelle Graziano à 6 vitesses ancre le projet dans la pureté mécanique chère au brief d’origine.
Côté châssis, les amortisseurs Multimatic ASV spécifiques rappellent l’apport de cette technologie en calibration fine et en constance de réponse, un atout sensible sur route rapide comme sur une montée de Goodwood. Au freinage, l’équipement carbone-céramique (410 mm à l’avant, 360 mm à l’arrière) s’impose par son endurance thermique et sa constance de pédale, autant de paramètres qui donnent confiance sur longs enchaînements.
Enfin, l’aérodynamique revendique jusqu’à 383 kg d’appui, selon Aston Martin. À ce niveau, il ne s’agit pas d’effet cosmétique : la stabilité à très haute vitesse et la motricité en appui bénéficient directement de ce supplément de charge verticale, qui permet aussi de tirer parti des pneus et des réglages d’amortissement.
Magnésium, titane et impression 3D : quatre allègements mesurables par rapport au Valour
Par rapport au Valour, le Valiant additionne des gains de masse ciblés. Aston Martin cite un sous-châssis arrière imprimé en 3D allégeant l’ensemble d’environ 3 kg ; la technologie additive permet ici d’optimiser géométries et nervures sans recourir à un surdimensionnement.
Le tube de couple en magnésium économise environ 8,6 kg, une réduction située au cœur de la chaîne cinématique, donc favorable à l’inertie globale. À cela s’ajoute la carrosserie en fibre de carbone intégrale, élément structurant pour tenir la rigidité tout en contenant le poids. L’usage de fixations et composants en titane s’inscrit dans la même logique : grappiller gramme par gramme là où cela compte.
Ces quatre leviers — impression 3D, magnésium, titane, carbone — n’ont rien d’ornemental. Ils matérialisent l’écart stratégique avec le Valour : une chasse au poids sélective, au service de la réponse du train avant, du contrôle des mouvements de caisse et de la précision de direction. Pour une vue d’ensemble de la stratégie produit de la marque autour des architectures et matériaux, le site officiel reste la référence : Aston Martin – site international.

Le Muncher 1977 comme référence stylistique : ce que les cache-roues carbone rappellent
Les cache-roues aérodynamiques en fibre de carbone du Valiant affichent une parenté assumée avec la RHAM/1 dite « Muncher ». Selon Aston Martin, l’inspiration renvoie à la RHAM/1 de 1980 engagée au Mans. L’évocation est moins un pastiche qu’un clin d’œil technique : canaliser l’air pour réduire traînée et turbulences autour des roues, là où l’énergie se perd vite.
Au-delà de l’effet visuel, ces caches rappellent une période où l’optimisation aérodynamique passait par des solutions pragmatiques. Une culture d’atelier qui colle bien à l’esprit du Valiant : une voiture conçue pour rouler fort et longtemps, sans sacrifier l’ergonomie de conduite — levier manuel, réponses franches, commandes lisibles.
Pour replacer ces choix dans la lignée récente d’Aston Martin et de ses modèles de transition technologique, on pourra relire notre décryptage du Valhalla et de son approche hybride, qui occupe un autre versant du spectre performance.
Conclusion : ce que le Valiant dit d’Aston Martin en 2024
Avec le Valiant, Aston Martin montre qu’une commande pilote peut accoucher d’un projet industriel cohérent : 38 exemplaires alloués, un V12 porté à 745 PS, une boîte manuelle conservée, des réglages Multimatic et des freins carbone-céramique, plus des allègements ciblés par impression 3D, magnésium, titane et carbone.
Face au Valour, la différence n’est pas de posture mais de substance : un peu plus d’appui, un peu moins de masse, un peu plus d’outil. De Goodwood à la route, l’équilibre technique sert le conducteur, conformément au brief d’origine signé Fernando Alonso. Pour les détails officiels et la chronologie, voir la pressroom Aston Martin et la page Wikipédia du Valour qui éclaire l’arbre généalogique. En un mot, le Valiant coche le mandat : un coupé analogique, affûté, et suffisamment rare pour rester mémorable.


