Culture

William Towns chez Aston Martin : 3 modèles, une méthode

29 septembre 2026 La Rédaction AstonLegacy 6 min de lecture

William Towns chez Aston Martin, de la DBS à la Lagonda et au Bulldog : trois études de cas pour comprendre l’autodidacte qui a bousculé Newport Pagnell.


William Towns n’est pas un nom qui s’impose d’emblée quand on évoque Aston Martin, et c’est justement ce qui le rend passionnant. En trois projets charnières — DBS 1967, Lagonda 1976, Bulldog 1980 — William Towns a imposé, sans école ni dogme, une manière de dessiner contre le courant. Voici comment cet autodidacte a fait entrer la marque de Newport Pagnell dans l’ère moderne, en refusant d’imiter la tradition DB.

Ce portrait ne cherche pas l’hagiographie. Il met en perspective trois cas concrets, avec leurs paris techniques et leurs angles plus vifs que la moyenne. Le tout replacé dans les choix industriels d’une époque où Aston Martin se réinventait, souvent sous la contrainte, parfois avec panache.

Autodidacte à Newport Pagnell : comment William Towns a obtenu le poste sans formation académique

Sans diplôme de design industriel, William Towns entre d’abord chez Rover, puis rejoint Aston Martin à la fin des années 1960. Selon Wikipedia (William Towns), il s’est formé en autodidacte, entre atelier et planche à dessin, loin des écoles qui formaient alors la plupart des stylistes britanniques. Chez Newport Pagnell, cette singularité n’a pas été un obstacle : elle a forgé une liberté de regard.

Cette arrivée coïncide avec une période sensible pour la marque : finances contraintes, héritage DB à préserver, besoin de rajeunir la ligne. Towns se voit confier des responsabilités précoces. Sa méthode est pragmatique : partir du cahier des charges mécanique, adopter des volumes nets, puis trancher par quelques lignes tendues qui donnent une stature immédiate au coupé.

Le résultat ne cherche pas la citation facile. Au contraire, William Towns assume un vocabulaire plus géométrique. Cette approche, parfois jugée sèche, permettra pourtant d’anticiper la décennie 1970 et ses arêtes, sans renier la prestance d’Aston Martin.

La DBS 1967 : une carrosserie conçue pour accueillir un V8 qui n’existait pas encore

Lancée en 1967 avec le six-cylindres du DB6, la DBS fut pensée dès l’origine pour un moteur qui n’était pas prêt. Le châssis et la carrosserie avaient été dimensionnés pour le futur V8 de Tadek Marek, disponible seulement en 1969. Comme le rappelle Wikipedia (Aston Martin), ce décalage technique a dicté des choix stylistiques inhabituels pour Aston Martin à cette date.

De fait, la silhouette large, le museau plus aplati et l’empattement visuellement étiré répondaient à cette anticipation mécanique. Et il y a l’aveu, devenu célèbre : d’après Wikipedia (Lagonda 1976) et la page consacrée à l’Aston Martin V8, William Towns a reconnu que les « quartiers arrière » de la DBS/V8 empruntaient aux premières Ford Mustang. Le clin d’œil américain, discret, n’ôtait rien à la présence très britannique de l’ensemble.

Avec la DBS, Towns installe une posture : élégance oui, mais structurée, presque architecturale. En cela, l’auto trace un fil rouge entre l’héritage David Brown et la modernité du V8, même si ce dernier ne rejoindra le compartiment moteur qu’au bout de deux ans.

William Towns

La Lagonda 1976 : des angles droits au pays des courbes et l’ordinateur de bord avant l’heure

En 1976, la Lagonda Série 2 fait l’effet d’un atterrissage venu du futur. Carrosserie à angles droits, capot interminable, proportions de berline très basse : Towns pousse ici son langage géométrique à l’extrême. Selon Wikipedia (Lagonda Série 2), la planche de bord inaugure un affichage numérique à LED sur une voiture de série — une première à l’époque, autant conceptuelle qu’ergonomique.

Ce choix technologique, ambitieux et capricieux, deviendra sa marque aussi célèbre que controversée. L’auto incarne l’idée fixe de William Towns : faire dialoguer une architecture de volumes nets avec une instrumentation en rupture. Sous le classicisme du V8, la Lagonda raconte une fascination pour l’informatique naissante.

La berline, radicale au pays des courbes, prouve qu’une Aston 4 portes peut exister sans singer la GT. On peut y voir un contrepoint utile à l’histoire DB : même blason, autre orthographe. Et un avertissement aimable aux contemporains de Gaydon sur le pouvoir des lignes simples lorsqu’elles sont assumées jusqu’au bout.

Le Bulldog 1980 : un concept de 700 ch qui n’a jamais trouvé le chemin de la série

Point d’orgue — et cul-de-sac — de cette trajectoire, le Bulldog de 1980. Prototype extrême, portes en élytre, architecture ultrabasse, il reçoit un V8 biturbo annoncé pour environ 700 ch. Selon Wikipedia (Aston Martin Bulldog), la vitesse de pointe visée était de 320 km/h, et un seul exemplaire fut construit.

Le message, plus que la fiche technique, compte ici. Le Bulldog sert de démonstrateur à la fois aérodynamique et symbolique : si la maison le décide, elle peut se mesurer aux furieuses de l’époque. Goodwood rappelle d’ailleurs le statut iconoclaste de ce « héros » britannique du design automobile, capable d’oser sans garantie de débouché industriel.

  • Moteur : V8 twin-turbo (concept)
  • Objectif : 320 km/h en pointe
  • Production : 1 exemplaire

Si la série n’a pas suivi, l’idée force demeure : pousser la géométrie à son paroxysme, au service d’une vitesse théorique. Une démonstration de plus de la constance de William Towns dans son vocabulaire formel.

William Towns

L’héritage Towns : ce que les designers de Gaydon retiennent de ses ruptures

Que reste-t-il de William Towns à l’ère de Gaydon ? Une méthode plus qu’un style. D’abord, partir des contraintes mécaniques et industrielles pour sculpter des volumes francs. Ensuite, accepter la dissonance dans une maison de tradition, pourvu que l’exécution soit rigoureuse. Enfin, considérer l’interface — instruments, graphisme — comme un champ d’expression aussi stratégique que la tôle.

Cette grammaire se lit en filigrane dans plusieurs Aston récentes : une netteté de trait, un refus de l’ornement gratuit, et un cockpit pensé comme un système. Sur ce point, le précédent Lagonda est utile, y compris comme contre-exemple quand la technologie n’est pas mûre. L’autodidacte nous rappelle que l’innovation vaut par ce qu’elle résout, pas par son seul effet.

On retiendra aussi un fil humain. Towns, qui s’éteint en 1993 (source : Wikipedia, William Towns), aura défendu l’idée qu’une Aston peut être très Aston sans ressembler à une DB. Une liberté qui a ouvert la voie à d’autres lectures de la marque, des GT aux berlines à part.

Conclusion : ce que William Towns a changé, en trois chapitres bien tranchés

Le meilleur portrait de William Towns tient en trois lignes de force : une DBS conçue pour un V8 d’avance, une Lagonda qui informatise le luxe à grands angles, un Bulldog manifeste. Ensemble, ils racontent comment un autodidacte a donné à Newport Pagnell un futur plausible, parfois rugueux, jamais tiède.

Au moment d’écrire l’histoire du design Aston Martin, il faut laisser sa place à William Towns : non comme styliste de rupture pour la rupture, mais comme praticien d’une élégance structurée. C’est peu dire qu’on lui doit quelques-unes des audaces les plus formatrices de la marque.

À explorer sur AstonLegacy.fr :

À lire aussi
DB7 Zagato 2002 : 5 faits sur une renaissance anglo-italienneCultureDB7 Zagato 2002 : 5 faits sur une renaissance anglo-italienne7 minLireHenrik Fisker chez Aston Martin : 3 modèles sous sa plumeCultureHenrik Fisker chez Aston Martin : 3 modèles sous sa plume6 minLireCygnet 2011 : 4 paradoxes d’une citycar signée Aston MartinCultureCygnet 2011 : 4 paradoxes d’une citycar signée Aston Martin6 minLire